Xavier Nayrac

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Ruby et les eigenclass

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Niveau : intermédiaire

Dans l’ article d’hier, je cherchais un intérêt à class << self dans la définition d’une classe, et je n’en ai pas trouvé. Aujourd’hui je vais appronfondir le sujet et parler des eigenclass(es) en Ruby. Il se trouve que Ruby est un langage orienté objet, contrairement à… (au hasard) Java…

Ok, c’est pour rire. Bien sûr que Java est un langage OO. Mais quand même, par rapport à Ruby je dirais plutôt que Java est un langage orienté classe. Avec Ruby, tout est objet, même les classes ! Je re-dis ça autrement pour que ce soit bien clair : en Ruby les classes sont des objets comme les autres. Voyons comment ça fonctionne, au travers des eigenclass(es):

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class Engin
  def roule
    "Je roule"
  end
end

voiture = Engin.new
moto = Engin.new

voiture.roule
# => "Je roule"
moto.roule
# => "Je roule"

On a créé une classe Engin et instancié deux objets à partir de cette classe, voiture et moto. La classe a joué le rôle d’un moule, à partir duquel les deux objets ont été fabriqués et leurs comportements sont identiques. Maintenant, si on veut spécialiser le comportement de moto, on pourrait utiliser l’héritage ou les mixins. Ce qui serait très bien si on devait gérer des dizaines d’objets au comportement similaire. Mais si on a un seul objet qui diffère, devoir écrire une nouvelle classe pour un seul objet est un peu lourd. Grâce au eigenclass(es), Ruby permet de changer le comportement d’un objet pendant l’execution.

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class << moto
  def wheeling
    "Wahooo"
  end
end

Ou bien avec la syntaxe suivante, qui fait la même chose:

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def moto.wheeling
  "Wahooo"
end

On vient d’ajouter une méthode à l’objet moto de classe Engin, mais pas à l’objet voiture, pourtant lui aussi de classe Engin. Pour vérifier:

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moto.wheeling
# => "Wahooo"

voiture.wheeling
# => NoMethodError: undefined method `wheeling'

voiture.class == moto.class
# => true

Comment Ruby gère ce système ? C’est surprenant de simplicité. Ruby interpose une nouvelle classe, anonyme, entre l’objet et sa hiérarchie de classes. C’est cette nouvelle classe, qu’on appelle eigenclass. L’eigenclass ne comprend que les comportements ajoutés à «son» objet. Dans notre exemple, l’eigenclass de moto ne comporte que la méthode wheeling. Le système de classe de Ruby est complexe, mais pour la partie qui nous intéresse ici cela donne ça:

moto < eigenclass < Engin < Object

À la place de «eigenclass», on peut lire et entendre parfois «singleton» ou «metaclass», c’est la même chose. D’ailleurs, pour obtenir la liste des méthodes de la «ghost class» (encore un autre nom) on peut utiliser la méthode singleton_methods:

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moto.singleton_methods
# => [
# =>   [0] wheeling() #<Engin:0xa05585c>
# => ]

J’ai dit au début qu’une classe est un objet comme un autre. Donc ce qui fonctionne pour moto doit aussi fonctionner pour Engin:

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def Engin.definition
  "Un truc qui roule"
end

Engin.definition
# => "un truc qui roule"

Engin.singleton_methods
# => [
# =>     [0] definition() Engin
# => ]

Tout pareil ! definition a été ajouté à l’eigenclass de Engin. Autrement dit, quand vous ajouter une méthode de classe à une classe, en fait vous l’ajouter à son eigenclass.

À demain.

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